Haut de page

Logo préfècture région

       
Découvrir les paysages alsaciens
 

Contenu

Le champ

partager sur facebook partager sur twitter
19 juin 2013


JPEG - 742.8 ko
Prairies sur le piémont nord vosgien. Dossenheim-sur-Zinsel


La place des terroirs aujourd’hui reste très liée au sol. L’agriculture alsacienne, qui a toujours été très typée par terroir, a renforcé cette spécialisation depuis 1970.
Les « bons pays » céréaliers sont défrichés dès l’époque romaine, et le vignoble est pour bonne part établi à l’orée du IVe siècle. Les vallées vosgiennes sont d’abord agricoles, puis ouvrières dès le 14e s dans les secteurs miniers. Les basses vallées et leurs cônes de déjection, sur des sables acides, sont rapidement urbanisés au 20e s. Les vallées hautes sont défrichées par des cisterciens et des marcaires qui défrichent les hautes chaumes, puis cultivées par des bergers et des ouvriers paysans.
Du côté de l’Alsace bossue le finage s’organise selon la logique lorraine. Côté plaine, la terre est âprement conquise sur le ried jusqu’à sa transformation en plaine céréalière à la fin du 20e siècle.

  Le terroir et le sol

La place des terroirs aujourd’hui reste très liée au sol

JPEG - 1.4 Mo
Carte de l’occupation agricole en Alsace
JPEG - 1.6 Mo
Carte des petits domaines morphologiques de la carte des sols d’Alsace. Source : ARRA
JPEG - 545.3 ko
Carte de l’orientation technico économique des exploitations agricoles alsaciennes. Source : Otex 2010, DRAF Alsace

Dans le massif vosgien, la prairie trace le contour du fond alluvial des vallées et des bas de pente gréseux. Dans le sud, elle ouvre des taches sur les pentes tandis que les pelouses d’altitude recouvrent les crêtes. Dans les Vosges du nord, le cordon étroit des prés s’étire au fond des vallées encaissées.
Sur la côte viticole, la vigne se déroule entre des champs et la forêt du massif vosgien. Les alluvions acides des grands cônes alluviaux sont couvertes de forêts et de prairies, surtout au nord d’Obernai. Des lignes de vergers se déroulent sur les marnes à la lisière des bois sur les coteaux du Sundgau, et sur toutes les côtes d’Obernai à Wissembourg. Des vergers ponctuels parsèment les bons limons des collines du Kochersberg et des collines de Brumath. Des houblonnières strient les pentes des collines qui entourent le débouché de la Zorn. Les forêts des lehms acides et compacts du sud Sundgau encadrent le large couloir de prairies des vallées et des bas de pente limoneux.
Dans la plaine, la mise en culture n’a pas effacé les petits rieds avec leur pointillé de prairies qui traverse les champs. Un cordon de prairies longe ruisseaux et canaux qui traversent les forêts de la Hardt, de Sélestat, d’Haguenau. Sur les cailloutis calcaires des grands rieds, la prairie alterne avec des massifs forestiers.

La fertilité des collines fluctue selon les limons

A la fin de chaque glaciation, des vents violents déposent une épaisse couche de « farine glaciaire ». Ce limon, transporté parfois depuis l’Asie, s’accroche aux herbes et recouvre tout le paysage. Le remblaiement est particulièrement important en basse Alsace. Les apports interglaciaires combinent apports par l’eau et dépôt éolien. Ainsi le Bruch de l’Andlau comprend une partie sableuse acide au sud, déposée par le Giessen et la Scheer, et une partie limoneuse souvent calcaire au nord, provenant de l’Ehn et de l’Andlau
Les lœss les plus récents sont carbonatés [1], et leur fertilité agricole est très supérieure. Ils recouvrent la plupart des anciennes terrasses du Rhin, bien reconnaissables aujourd’hui à leurs grands champs bien peignés qui surplombent souvent les boisements d’un Ried, ou de l’Ackerland. Les apports éoliens les plus acides, comme les « vieux lehms », ont surtout été déposés après la glaciation du Riss ; ils seront en outre appauvris, acidifiés par le lessivage des pluies, en particulier dans les hauts de butte où l’érosion a entretemps décapé [2] la pellicule de limon. Ces sols ingrats ont toujours été boudés par le laboureur qui les préserve en forêt.
Dans le Sundgau, les lœss dominent au nord (Bas-Sundgau) tandis que les lehms dominent dans le Haut-Sundgau, davantage voué à la forêt. Dans les secteurs les plus humides, hydromorphes, moines et paysans ont aménagé des étangs de pêche qu’ils exploitent depuis le haut moyen âge.
Ces matériaux se mélangent entre eux sur les pentes, et se mêlent en bas des pentes à des limons de débordement plutôt calcaires déposés lors des crues du Rhin, ou aux alluvions plutôt acides déposés par les crues des rivières vosgiennes. Alors qu’une ondulation dans les collines de marne du Kochersberg a un sol assez homogène, une ondulation à peine perceptible dans la plaine porte souvent une mosaïque de sols de valeur agricole très irrégulière.

Sur les collines sous vosgiennes, vignes, prés et champs recouvrent une mosaïque de sols

JPEG - 201.6 ko
La mosaïque des sols des collines sous vosgiennes

Dans le champ de fracture de Saverne, les collines mi boisées, mi cultivées, dessinent un paysage de clairières vallonnées sans véritable logique d’ordonnancement. Les bois sont parsemés partout tandis que la répartition entre champs et prés ne semble obéir à aucune logique évidente. Sur les hauts de pente, arènes et grès sont souvent boisés ; sur les collines, les marnes sont couvertes de champs tandis que les grès sont en prairie ou en bois. Les fonds de vallons sont en pré, entrecoupés là encore de bois sur les colluvions gréseuses des cônes alluviaux ou sur un affleurement de grès. L’ensemble est plus ou moins recouvert de limon. Les replats de limon ancien et décarbonaté sont en bois, en étangs. Seules les ondulations couvertes de bon limon, plus récent et plus carbonaté, s’ouvrent sur un horizon de champs allongés.
Les marnes issues de l’une ou l’autre des périodes marines dessinent les basses collines ondulées. Fertiles, propices aux céréales, elles seront les premières défrichées et mises en culture dans l’histoire, et ces collines seront parsemées de gros villages très typés. Elles voisinent avec de maigres collines de grès dont les boisements barrent l’horizon et masquent des pentes plus anguleuses. Au débouché sur la plaine, les colluvions gréseuses plus ingrates, tout justes bonnes à la pâture, s’étalent dans les cônes de déjection des grandes vallées.

Plaines et collines sont entrecoupées de veines de « mauvaise » terre

Jusqu’aux années 1950-70, la terre médiocre reste boisée, entrecoupée de cordons de prés. Dans les terres acides qui couvrent une bonne partie de la plaine, la principale culture est le seigle, parfois complété d’avoine, jusqu’au début du 20e s. Ces champs manquant de fertilité sont ensemencés un an ou deux, puis retournent à plusieurs années de pâture et de fumure.

La terre rouge vient des Vosges ; la grise vient des Alpes ; la noire marque les anciennes poches humides

JPEG - 254.2 ko
La plaine est un patchwork de sols et de bandes de galets issus des Vosges ou des Alpes

La plaine d’Alsace est un grand remblai. Chaque période interglaciaire a combiné d’épais dépôts par l’eau et par le vent. Les dépôts n’ont pas la même couleur, ni la même composition, selon l’origine de la rivière. Les pentes sont presque imperceptibles dans la plaine, hormis de faibles talus de quelques mètres au plus tracés par l’une des dernières grandes crues du Rhin. Les hauts et les bas se révèlent pourtant lors des inondations et se révélaient bien davantage il y a à peine 50 ans. On parle plutôt de « glacis » pour désigner ces pentes subtiles.
Sur les collines, les mauvaises terres sont souvent dans les hauts. Sur les replats acides au nord du Sundgau par exemple, le placage de lehm est ancien et acide, déposé après la première glaciation dite du Riss. Ce lehm fournit une argile de construction, mais reste peu exploitable en culture.
La terre est maigre également sur les terrasses de sable ou de cailloutis remises à nu par le décapage des limons. C’est le cas des plateaux de la Hardt, mais également des veines de cailloutis gréseux réparties un peu partout dans la plaine. Dans le Haut Rhin, beaucoup de glacis hydromorphes sur lehm sont couverts de forêts et d’étangs, aussi bien à flanc de glacis qu’en bas de pente. Les flancs de buttes calcaires datant de l’ère tertiaire au sud de Mulhouse sont également voués à la forêt mais cette fois, à l’inverse, pour leur excès de calcaire.

Les terrasses de galets séparent les rieds

Lorsqu’il arrive en Alsace, le Rhin étale ses méandres dans la plaine et recouvre l’ensemble à chaque grande crue. Il mélange tous les matériaux préexistants (grès, calcaires, marnes) apporte de grosses quantités de graviers calcaires qu’il transporte des Alpes. Il redépose après chaque crue d’épaisses langues de gravier qui, recouvrant la plaine, délimitent les contours des rieds, des terrasses saines de la plaine.

Dès la préhistoire, la plaine est un patchwork de clairières brumeuses dans les rieds et de terrasses fertiles. Les bons sols de la plaine sont des terrasses épargnées par les divagations du Rhin et par le décapage. Les rieds s’étirent entre des terrasses qui ne les dominent pourtant que de quelques mètres. Leur tracé est modifié à chaque crue du Rhin.


  Le « bon pays » céréalier

JPEG - 358.8 ko
Crastatt. Les bonnes terres du Kochersberg furent très tôt mises en valeur

Dès l’époque gallo-romaine, les champs de céréales ondulent sur les collines limoneuses

Dans les premiers siècles de notre ère, les gallo-romains implantent de grosses fermes isolées, les villae, sur les collines limoneuses. Ces dernières sont souvent à l’écart des voies principales, reliées par une voie privée : le diverticulum. Ces fermes comportent des vergers de fruitiers.
Seuls sont défrichés à cette époque les bons limons, et probablement les vallées larges en pied des Vosges.

Les « bons pays » sont entièrement défrichés de très longue date : le Kochersberg, le Piémont, l’Ackerland, l’Outre Forêt

Les basses terrasses limoneuses que le fleuve a fertilisées, puis épargnées font la richesse agricole de la plaine. Elles sont bordées par des rieds. Dans le Bas-Rhin, les villages s’établissent sur les terres limoneuses au nord de Brumath, sous Obernai, autour d’Erstein ; un chapelet de villages s’établit très tôt, sans doute dès l’époque celte.
Les alamans s’établissent en Alsace formellement vers l’an 410, dans la foulée des vandales. Dans le siècle qui suit, les principales vagues d’invasions, toutes de culture germanique, épargneront relativement l’Alsace : les burgondes s’établissent plus au sud, tandis que les wisigoths vont chercher le soleil au sud de la Loire avant de se fixer entre le sud-ouest de la France et l’Espagne. Cela explique peut-être que les limites de leur établissement initial subsistent aujourd’hui encore dans les frontières linguistiques d’influence germaine, mais aussi dans des détails comme les toits de tuile plate écaillée, absente en Lorraine francique. Les seigneurs germains succèdent aux maîtres gallo-romains. Conformément au droit germain, ils s’empressent probablement de faire enclore leurs principaux champs pour les soustraire au droit de pâturage accordé aux villageois. Dès lors, le paysage agraire se structure.

Au 11e s, les défricheurs parsèment la plaine de villages jusqu’aux limites des secteurs inondables, et assainissent les basses vallées vosgiennes.

Les meilleures terres sont mises en culture en assolement biennal. Ce mode de conduite courant, hérité des romains, sera longtemps conservé sur les terres moins fertiles : l’année de culture, essentiellement de seigle, est entrecoupée d’une année de jachère pendant laquelle le sol est « nourri », amendé, labouré, pour restaurer sa fertilité. Cette pratique perdurera au nord de la Zorn au-delà du 18e siècle, mais il ne semble pas que cette limite ait laissé de traces dans le paysage actuel.

L’assolement triennal se généralise au 12e siècle

JPEG - 653.4 ko
Carte des assolements dans la plaine d’Alsace durant les 17e et 18e siècles

L’openfield apparaît avec l’assolement triennal autour de Mayence vers l’an 800. Il se répand sur des sols limoneux ou un peu lourds, effaçant les haies au profit d’une grande plaine labourée. Il semble que dans la Plaine d’Alsace, l’assolement biennal, se soit maintenu jusqu’au 18e s au nord de la Zorn, même sur ces sols très fertiles (J.M. Boehler 1994).
Le seigneur y règne couramment sur l’équivalent de plusieurs communes d’aujourd’hui. Viennent y travailler quelques centaines, milliers de petits tenanciers ou de serfs qui habitent des fermes dispersées dans des manses, des petites fermes sur des terres plus faciles à travailler avec une simple bêche, comme par exemple les terres des basses vallées. Les laboureurs, catégorie plus aisée, mettent leurs animaux en pâture dans des parcs à proximité immédiate du bourg.

Le « saltus » est supprimé dans les terres fertiles

Le Saltus est, cet espace en lisière de forêt ou de lande où chacun a le droit de faire paître ses animaux, de ramasser du bois, des petits fruits ou des champignons. L’absence de saltus trace une lisière nette, qui différencie par exemple les paysages lorrains et alsaciens. Sa suppression résulte de facteurs agraires et, de la pression démographique importante sur le terroir alsacien dès le 11e siècle. Du 11e au 13e siècle, le rythme de défrichage s’intensifie. Sous la pression démographique, les champs progressent rapidement, grignotant le saltus. Quand cet espace intermédiaire disparaît, les animaux qui venaient y paître sont regroupés autour d’un berger communautaire sur les champs en jachère. Cela n’empêche pas qu’un saltus ait longtemps perduré en Alsace autour des forêts, dans les rieds, et sur les pelouses calcaires entre vignoble et forêt. La disparition du saltus sera définitive avec l’établissement du cadastre napoléonien vers 1827 qui consacre le nouveau droit de propriété « à la française ». Le nouveau code civil issu de la révolution supprime à la fois toute superposition d’usages sur une même parcelle et tout espace intermédiaire comme le « saltus ».
Le terroir est divisé en quelques quartiers. Du fait de l’enclavement des parcelles, un quartier entier est semé, récolté et labouré en même temps avec les mêmes cultures C’est le Maire (Mayeur, Meyer…) désigné, sous l’ancien régime, par le seigneur et parfois par la communauté, qui fixe les dates ou bans (ban des semailles, des moissons…). Après la moisson, le quartier retombe dans le domaine communautaire pour être livré à la « vaine pâture ».

JPEG - 591.5 ko
Siegen. Vers 1950, les parcelles en lanieres structuraient encore le finage de l’Outre-Forêt. IGN photo aérienne 1951
Les parcelles sont découpées en lanières étroites

Les parcelles étroites (6 à 12 m.) et longues (100 à 500 m.) et individuelles sont adaptées au travail à la charrue. Tracté par 2 à 6 animaux de trait (généralement des chevaux), l’attelage se prête mal aux demi-tours. Les parcelles étroites et longues permettent d’optimiser le travail à la charrue en limitant les pertes de temps lors des manœuvres de demi-tours en fin de raie.
Ceci permet à tous de disposer de terres à pâturer y compris à ceux qui ne sont pas propriétaires. C’est le berger de la communauté qui s’occupe des troupeaux en pâture. Cette organisation du monde rural, connue sur le plan historique depuis de Moyen Âge avec, entre autres, la « mise à la charte de Beaumont » au XIIe siècle, passe le cap de la Révolution de 1789 : les communautés rurales se réapproprient ce fonctionnement d’origine féodale qui perdurera parfois jusqu’aux années 1950.
Le paysage d’ensemble se structure en lignes nettes, très lisibles. Côté montagne, le vignoble vient buter sur les voûtes épaisses des hêtres et des châtaigniers ; côté plaine, les champs bien tracés s’arrêtent désormais sur la ligne d’une lisière de bois. Le finage reste cependant centré sur le vignoble, les basses vallées, les premières prairies côté plaine.

La pression foncière monte dès le 14e siècle

Les bonnes terres sont convoitées par tous les envahisseurs, et la répartition des récoltes favorise les princes locaux. De nombreuses révoltes paysannes comme celles du début 16e siècle montrent que le paysan y revendique sa part. Le soutien révolutionnaire sera fort aux premières années de la révolution française en Alsace. Disposer enfin de la liberté de culte pèse lourd, certes, dans les pays protestants et chez les intellectuels francs-maçons, comme dans beaucoup de régions rhénanes. Mais l’accession à la propriété ou sa simple perspective, est une ambition déterminante pour de nombreux paysans comme pour les élites urbaines.

La plaine est « peignée » de billons

Lorsque la pente est faible ou nulle, jusqu’au début du 20e siècle, le labour se pratique à la charrue à un soc versant à droite. Le laboureur adosse les raies les unes contre les autres en faisant le tour du champ en commençant par l’axe et en tournant toujours à droite. Les premières raies sur l’axe du champ constituent l’enrayure et le creux entre les raies latérales de deux champs constitue la dérayure [3]. Le labour dessine ainsi un billon de 0,5 à 0,8m de hauteur au milieu de chaque parcelle en lanière. Ce léger relief favorise l’écoulement des eaux de ruissellement.



  Le vignoble romain

JPEG - 330.8 ko
Balbronn. Le vignoble, culture emblématique du piémont vosgien

Le vignoble est établi à l’orée du IVe siècle

Le flanc occidental du fossé alsacien bénéficie, de par sa position, du microclimat du Foehn. Le vignoble d’Alsace s’étend au pied des Vosges sur plus de 170 km en continu de Thann (à la hauteur de Mulhouse) à Marlenheim (à la hauteur de Strasbourg) auxquels il convient de rajouter l’îlot de Cleebourg. Il couvre les collines sous-vosgiennes à une altitude comprise entre 200 et 400 mètres.

Le vignoble se développe à la fin du IIIe siècle

Jusqu’en 276, l’empereur romain interdit de développer les vignobles dans tout l’empire afin de ne pas concurrencer les vignes des provinces italiennes. L’empereur Probus lève cette interdiction et provoque ce que des historiens appellent un « raz de marée viticole » dans toutes les provinces. Dans les décennies qui suivent, un vignoble alsacien important est planté, accompagné de gros villages orientés vers le commerce et le transport du vin. La ligne du vignoble domine donc la plaine dès le IVe siècle
La production est intensifiée par les abbayes Mérovingiennes puis Carolingiennes à partir du 9e siècle. Evêques et seigneurs font grande consommation de ce vin « tonique et qui rend gai ». A l’an mil, on recense des vignes dans 160 villages et les vins d’Alsace comptent parmi les plus prestigieux d’Europe. Au 13e siècle, les principaux villages vignerons sont fortifiés par de puissantes familles nobles. Le vignoble connaît une apogée du XVIe siècle à la guerre de trente ans au 17e s, où toute activité marchande est brutalement interrompue et vandalisée. Le vignoble est reconstitué au 18e s, et anéanti à nouveau à l’orée su 20e s par la crise du phylloxera. Il renaît au lendemain de la première guerre mondiale, replanté avec un effort de qualité des cépages, dont 90% de blancs.

Le vignoble AOC recouvre tout le piémont à la fin 20e s

Dès 1945, les aires du vignoble sont délimitées et des règles strictes régissent la production et la vinification. Des travaux historiques proposent une carte d’appellation de Grands Crus en référence aux fiefs des nobles et du clergé du haut moyen âge. Leur superficie varie de 3 hectares pour le Kanzlerberg de Bergheim à 80 hectares pour le Schlossberg de Kientzheim. L’ensemble aboutit à la reconnaissance des Appellations d’Origine Contrôlées : Alsace en 1962, Alsace Grand Cru en 1975 et Crémant d’Alsace en 1976.
Jusqu’aux années 1960, le vignoble est entrecoupé de prairies, de champs : l’agriculture classique reste indispensable pour nourrir les familles ; les prairies sont nécessaires aux oies, et surtout aux animaux de trait. Toutes ces parcelles sont converties en vignoble suite à l’explosion de l‘écart de revenu entre la vigne et les autres ateliers agricoles. Les célèbres oies, chevaux, vaches, charrettes à foin des dessins de Hansi appartiennent désormais au passé.

Le vignoble est un pôle important de l’Alsace aujourd’hui

Pour l’emploi et l’économie régionale : 4 600 viticulteurs sont répartis sur 119 communes viticoles. 1 800 d’entre eux disposent de plus de 2 ha, et exploitent 90 % de la surface totale du vignoble. La vente en bouteille représente 500 millions d’Euros par an, soit 40 % du produit agricole total de la région sur 4,5 % de la SAU.
Pour le paysage : Au sein de l’aire AOC la production est passée de 9 500 ha en 1969 à 15 600 ha en 2011. Ces vignes emblématiques sont regroupées sur le piémont, très visibles depuis la plaine.
Pour le commerce et le tourisme locaux : 75 % de la vente est réalisée en France, dont 25 % en vente directe impliquant presque 1000 revendeurs. La mise en bouteille se fait exclusivement en Alsace, dans une bouteille exclusive protégée par la loi : la flûte d’Alsace.

Le vignoble continue d’évoluer aujourd’hui

Son extension se fait en grignotant sur les bois qui le jouxtent. Le vignoble s’étend vers la plaine avec des parcelles plus étendues où l’on accepte des risques de gelées, en particulier dans l’ensemble de la zone centrale du Piémont.
De gros hangars viticoles sont construits à côté de l’habitat traditionnel. Il est vrai que le manque de place à l’intérieur des villages incite certains exploitants à déplacer leurs installations en périphérie du village.
Sur les collines au relief plus marqué, le parcellaire viticole est façonné de terrasses et de murets. Là aussi les techniques ont évolué, l’emploi de la pierre se faisant rare au profit de murs bétonnés ou de talus enherbés. Les aménagements hydrauliques parfois radicaux ont été réalisés pour limiter les enjeux liés au ruissellement.

Chaque terroir a ses roches, ses cépages, ses vins

Au-dessus de Ribeauvillé, les collines de roches différentes se détachent nettement les unes des autres. L’œil embrasse un vignoble dont les lignes peignées recouvrent les marches d’un « escalier » de 2 km de large, et qui s’étagent de 500m à 200m d’altitude, reliant les deux failles principales. Chaque marche est une roche particulière.
Les cépages sont cultivés sur des porte-greffes variés leur permettant de s’adapter à l’extrême diversité des sols, mais ils sont tous conduits en forme haute (0,90 m à 1 m au-dessus du sol) pour échapper aux gelées printanières et sont palissés sur fils de fer pour bénéficier d’une insolation maximum. Les vendanges ont lieu tardivement, vers la mi-octobre, pour assurer la maturation du raisin.



  La vallée de paysans-ouvriers

JPEG - 488.3 ko
Walbach. Les terres plates des fonds de vallée sont très tôt mises en valeur par un petit parcéllaire

Dans les Vosges, la vallée est d’abord agricole, puis ouvrière et plus récemment, urbaine

Dès l’époque celte, la vallée est habitée, mais la montagne est peu défrichée. Seuls sont défrichés à cette époque les bons limons, et probablement les vallées larges en pied des Vosges.

JPEG - 572.7 ko
Lapoutroie. Les versants agricoles sont ponctués de fermes

La ferme vosgienne s’établit dans sa clairière à mi pente

Sur les replats et les bas de pente, l’arène du granite, riche en fer, génère des sols bruns fertiles. En s’altérant, le granite génère toute une famille de sols. Le sol s’épaissit à la faveur d’une moraine ou simplement dans les colluvions des bas de pente. Ces poches de sol plus fertile sont souvent défrichées en clairières.
La ferme vosgienne est établie à mi pente de la clairière, à proximité d’une source, en partie enterrée. Elle regroupe sous un même toit hommes, animaux et récoltes. Elle est construite sur un soubassement de pierre et surmontée d’une charpente en bois. Sa façade la plus exposée est protégée d’un bardage réalisé en “planchettes” de bois posées en écailles de poissons, les “essis”, tandis que le foin remisé au grenier préserve du froid. Un petit ventre rond sort d’une façade : le four à pain.

Les pentes marquées sont « peignées » de rides

JPEG - 414.1 ko
Les prés en lanière marquent encore par endroit les pentes vosgiennes. Belmont

Le sens de travail bascule lorsque la pente s’affirme : au-delà de 5% environ, le labour est effectué en travers de la pente afin de limiter l’érosion. Cela nécessite cette fois une charrue réversible, pourvue de deux socs opposés afin que le versoir verse toujours vers le bas de la pente. D’année en année, le labour transforme chaque lanière en terrasse et l’ensemble de la pente prend l’aspect d’un escalier. Les replats sont cultivés tandis que les talus escarpés à l’interface des lanières se boisent naturellement, ce qui contribue à stabiliser ce qui s’assimile au final à un dispositif anti érosif. Ces rides sont moins présentes sur le versant alsacien plus sec que le versant lorrain des Vosges, très exposé aux précipitations.

Le petit parcellaire des vallées industrielles est celui des ouvriers paysans

La production laitière domine, autrefois transformée sur place en fromage, aujourd’hui collectée.
Au-dessus, sur les pentes de faible et moyenne altitude, les prairies de fauche et les pâturages se parsèment d’arbres fruitiers lorsqu’on approche d’une ferme ou d’un village.

L’eau est systématiquement domestiquée au 19e s.

L’eau représente une énergie que les montagnards s’emploient à canaliser pour broyer, moudre, tisser ou actionner des pompes... à eau. Les sagards consacrent leur savoir-faire au sciage du bois à l’aide d’une longue lame verticale dont les allers-retours sont transmis par le mouvement d’une immense roue à eau ou une turbine. Parfois même l’eau est amenée jusqu’au “haut-fer” par une conduite forcée. (source PNR des ballons des Vosges)

JPEG - 422.2 ko
Lembach. De petites parelles de prés subsistent en fond des vallées des Vosges du Nord

La petite clairière de prés des Vosges du Nord

Dans les Vosges du nord, sables et grès ne portent que des sols pauvres, très filtrants et peu aptes aux cultures. Sur ces sols ingrats, la forêt domine et recouvre les versants, parfois jusqu’au fond de vallée. La présence humaine et de façon générale les espaces ouverts apparaissent toujours limités. Des cordons de prés s’étendent dans des fonds de vallées étroits à proximité du cours d’eau. Sur les franges ouest des Vosges du nord, des sols moins pauvres ont permis l’implantation de clairières culturales (cultures, prés, vergers) autour de villages implantés sur des replats d’altitude formant un paysage très typé.

JPEG - 558 ko
Hinsbourg. Gestion de la friche par pâturage de races rustiques dans les fonds humides de la vallée de l’Eichel

L’apparition de friches

Les fonds humides subissent une déprise agricole Pour la première fois dans l’histoire, ces parcelles productives mais peu adaptées à la mécanisation moderne tendent à s’enfricher. La demande sociale en produits laitiers régresse, le prix et les quotas de production en lait baissent, ce qui pousse à abandonner les parcelles herbagères les plus contraignantes.


  La montagne défrichée

JPEG - 388.3 ko
Goldbach. Les pelouses des hautes chaumes sont naturelles. Plus bas, les replats les mieux exposés seront défrichés autour de l’an mil, devenant des pâturages précieux en été.

Les premiers défricheurs sont des moines, des bergers et des ouvriers paysans

Les vallées hautes sont souvent défrichées par des moines cisterciens Les hauts de pente restent généralement à l’écart du paysan, et même du berger. Les habitations se cantonnent aux vallées hautes et aux pentes ensoleillées de moyenne altitude. Au-dessus de 900 mètres, la pente devient un véritable mur de granit. Sur la façade est de la crête en effet, les glaciers ont creusé des cirques glaciaires abrupts et rocailleux.
Le replat qui le domine est balayé par un vent glacial tout l’hiver qui repousse la neige à l’est en contrebas de la crête. Au-dessus de 1200 m le climat ne permet pas l’implantation forestière, les pelouses des hautes chaumes sont donc naturelles. Par contre aux altitudes inférieures, les replats les mieux exposés seront défrichés autour de l’an mil, et ces « hautes chaumes » deviennent des pâturages précieux en été.

Les sommets sont baptisés par des celtes ou des germains

Le terme de « ballon » est d’origine celte. La plupart des sommets des Hautes-Vosges portent cependant des noms germaniques, attribués par des bergers et des marcaires (fromagers) alsaciens venus avec leurs troupeaux défricher les crêtes des immenses territoires des abbayes de Munster et de Murbach. Sur les crêtes, les anciennes chaumes ont souvent été plantées de rangées de résineux. La forêt ne retrouve un aspect naturel qu’à l’approche des sommets ou sur les pentes abruptes.

Le marcaire se transforme aujourd’hui en aubergiste pour randonneurs

Dans les années 1970, l’agriculture de montagne souffre d’un exode massif. Les marcaires complètent alors leurs revenus grâce au développement de la randonnée. Dans ce massif, les routes permettent un accès facile aux sommets. Le concept de la ferme-auberge apparaît et cette nouvelle activité relance l’activité pastorale. (source PNR des ballons des Vosges)


  Le finage lorrain de l’Alsace bossue

JPEG - 305.5 ko
Mackwiller. L’Alsace bossue offre un paysage dominé par les prairies, animées de fruitiers

Une logique concentrique

Les logiques d’organisation des paysages du plateau lorrain ont été décrites dans les années 1970-90 par des agronomes français [4]. Il procède de plusieurs logiques très marquées au cœur du plateau, et de façon plus variable dans le secteur lorrain de l’Alsace bossue.
Les terres caillouteuses et assez séchantes du plateau sont incisées de vallées encaissées. Cela impose une répartition immuable de forêts de pente, de prés de fond de vallée humide voués à la fauche de foin. Cette première trame de « couronne forestière » est particulièrement forte en « Lorraine alsacienne » comme sur toutes les marges du plateau.
Les terres hydromorphes, présentes partout (plateau, pentes, fonds) se répartissent entre prés de fauche pour les plus contraignantes, assolements mixtes ou coupes d’ensilage pour les modérément contraintes, pâturage ou céréaliculture pour les plus saines. Sur les pentes des vallons, une ligne de sources et de résurgences souligne le plancher argileux.
Le passé d’assolement triennal a imposé une gestion collective sur le plateau jusqu’à la révolution, qui s’est souvent prolongée par un esprit communautaire jusqu’aux années 1950
L’usage des terres s’ordonne de façon concentrique à partir des villages. Une première couronne de vergers enherbés, de « chènevières », ceinture le bourg. Une seconde de parcs enherbés, sur des terres saines supportant le pâturage intensif en limite de saison. L’ensemble du paysage est une juxtaposition de terres labourées et de prairies de fauche, aujourd’hui ensilés ou récoltés en foin enrubanné. Au-delà, des prés aux lisières des bois et des ruisseaux accueillent génisses et vaches taries. Cet ordonnancement est classique dans tout secteur d’élevage, mais prend un caractère très marqué du fait que le plateau étant une ancienne région céréalière récemment convertie à l’élevage, les fermes sont regroupées au village [5]. Ce modèle est récurrent en Lorraine. La qualité des sols influence fortement la proportion de ces espaces, mais la structuration est assez analogue depuis les secteurs de plateau où les champs de céréale dominent, jusqu’aux ondulations des collines marneuses où l’essentiel est en prairie.

Les stabulations de l’élevage laitier

Les règles du jeu de la Politique Agricole Commune à partir des années 1960 développent l’élevage laitier. Ce développement se fait dans une dynamique d’affranchissement des individus vis-à-vis des réseaux locaux villageois.
A-partir des années 1990, la mise aux normes environnementales des exploitations d’élevage impose la dispersion des bâtiments d’élevage à distance des villages. Ces grands hangars sont complétés de bâtiments techniques nécessaires pour gérer l’exploitation à distance : bâtiments secondaires, points d’eau, silos de coopérative, qui marquent le paysage. Dans le secteur lorrain, l’extension rapide des surfaces par exploitation génère de nouvelles formes de gestion collective à partir de coopératives de matériel agricole, qui ouvrent des opportunités d’action spécifiques pour la prise en compte du paysage et de l’environnement.



  La conquête des Rieds

JPEG - 383.8 ko
Colmar. L’endiguement du Rhin a permis une conquête agricole des rieds

Jusqu’au contact avec les anciens méandres du Rhin, dès qu’un placage de limon enrichit un peu ces bancs de sable et de cailloux, le sol devient très fertile. Les Rieds subissent les divagations de l’Ill et du Rhin. Après chaque grosse crue, le paysan a rectifie le chevelu des ruisseaux, draine. Il ensemence les champs les plus sains dès l’automne et attend la fin du printemps dans les champs inondables. La terre est âprement conquise sur le ried jusqu’à sa transformation en plaine céréalière à la fin du 20e siècle

Le sol s’asphyxie et reste voué aux prairies et à la forêt

Dans la plaine basse, les mauvaises terres sont surtout dans le bas des glacis. A l’approche des rieds, la nappe phréatique affleure, et inonde souvent en hiver. Au fond du Ried, les inondations ont déposé un lit d’argiles imperméables ; l’humus noirâtre de la zone humide noircit la terre. Ces bandes de terres ingrates qui barrent la plaine autour des rivières se limitent souvent à quelques centaines de mètres d’épaisseur.
Aujourd’hui, on y traverse un cordon lâche de prés parsemé de petits bois là où la terre est trop asphyxiante, qui contraste avec la plaine fertile alentour. Le Ried ne s’impose comme un paysage en soi que dans les rieds majeurs comme le « Landgraben » entre Colmar, Sélestat et Marckolsheim.

Au fil du moyen âge, les rieds sont défrichés et exploités en prairies

Landes et forêts régressent à mesure que le paysan défriche des champs dans la plaine, des prés dans les landes, assainit des marais, trace des fossés dans les rieds. Une première vague de défrichements fait reculer la forêt aux 6e et 7e s. Les premiers villages en assolement triennal apparaissent avec la charrue dès le 8e s, pendant l’époque carolingienne, mais le modèle s’étend surtout à partir du 11e s.
Les Rieds sont exploités en complément des terres de plaine. Sur des structures foncières souvent petites et grignotées par l’urbanisation du secteur sain de la plaine et du vignoble, le paysan a souvent développé une double activité hors agriculture. Jusqu’aux années 1960, le paysan alsacien est pluriactif : en été, à faire les foins côté plaine ; en hiver, bûcheron côté montagne ; et bien sûr, dans le vignoble, viticulteur à toutes saisons. La famille agricole alsacienne reste ainsi très insérée dans le tissu économique et culturel commun.
Au sud de la plaine, du côté Haut-Rhin du « Landgraben », la fertilité est moindre que dans le Kochersberg mais on trouve de larges bandes de terre correcte. Le paysan y récolte du foin, sème des cultures au sortir des inondations de printemps, mais il ne s’y établit pas, craignant les divagations du fleuve. Les villages s’y développeront rapidement, en revanche, dès la domestication du Rhin.

A-partir de la fin 19e siècle, les travaux pharaoniques qui endiguent les crues du Rhin libèrent d’immenses surfaces de culture irriguée

Les deux derniers siècles ont vu s’achever le défrichage et la mise en culture de la plaine à mesure qu’elle était assainie.
Les bourgs de la plaine inondable ne se sont véritablement développés que dans les 150 dernières années. Jusque-là, les principaux villages alsaciens restent « serrés » contre les collines sous vosgiennes, évitant les inondations du Rhin et les troubles de la zone frontalière.



  L’uniformisation récente de la Plaine

JPEG - 317 ko
Le développement de la maîsiculture dans la plaine contribue à une uniformisation des paysages

La plaine déboisée devient un immense champ de maïs irrigué

Le contraste entre montagne, piémont et plaine, s’est accentué depuis 1970
Le ried principalement cultivé et bâti est longtemps resté le ried brun, avec ses bancs de terrasse haute généralement épargnés des inondations. Dès la fin du 19e s, les premiers endiguements permettent de mettre en culture de larges pans des rieds intermédiaires : rieds argileux et occasionnellement inondables -brun-noir ou brun gris-, rieds caillouteux inondables -brun-blond, côté rhin-.
L’endiguement permet de mettre la Hardt agricole en culture, mais il met la nappe phréatique hors de portée des racines, y compris des racines des arbres. Les pompes vont aujourd’hui puiser l’eau à quelques mètres sous terre.
Dans les rieds noirs et les anciens chenaux des rieds intermédiaires, le sol souffre d’asphyxie : les inondations successives ont déposé une pellicule d’argile, même s’ils reposent sur un remblai de plusieurs dizaines de mètres de galets alluviaux.
A-partir des années 1950-60, les rieds sont massivement défrichés, assainis par drainage, dotés de forages –à l’exception des rieds noir et gris-. Les derniers endiguements achèvent de transformer l’ensemble de ces espaces en une grande plaine irriguée de maïs et de betterave.
Longtemps handicapée par les variations continuelles d’épaisseur et de granulométrie des alluvions, la plaine est rapidement convertie vers la culture intensive, et le paysage devient celui d’un immense champ de maïs irrigué.

Le vignoble efface ses prairies

Le paysage du vignoble était encore largement entrecoupé de prairies jusqu’au début des années 1970. Le vignoble a tout recouvert depuis.

L’urbanisation grignote la terre agricole

L’extension urbaine à proximité des villes principales consomme des terres céréalières d’exception. Des emprises industrielles et des autoroutes se sont implantées à proximité du Rhin sur des terres dont le potentiel agricole a explosé depuis la réalisation du canal d’Alsace. Les granges de montagne avec leurs prés sont revendues comme résidences secondaires.

La pression foncière agricole se renforce

JPEG - 830.6 ko
Carte des petites regions agricoles en Alsace

Les contrastes de l’agriculture alsacienne sont très nets dans la répartition du foncier. Le vignoble regroupe la majorité des exploitants déclarés. Dans un village du vignoble, on trouve couramment 50 à 100 exploitants déclarés, avec une surface moyenne inférieure à 5 ha. Beaucoup d’entre eux ont de petites surfaces, et sont pluriactifs. Dans la plaine, les exploitants sont céréaliers, avec une surface moyenne faible, ne dépassant pas 35 ha. Seuls les fermes d’élevage ont des surfaces supérieures à la moyenne nationale, mais les secteurs de ramassage du lait se raréfiant, beaucoup d’exploitations se tournent vers l’élevage allaitant qui ne produit que de la viande : plus extensif, nécessitant davantage de surface, combinant le pâturage et la fauche de l’herbe. Ces exploitations gèrent ainsi les grandes prairies de l’Alsace bossue, de l’outre forêt, du haut Sundgau, du Ried sud.
La plupart des exploitations disposent également de bois, et il n’est pas rare que l’exploitant intervienne également, à leur demande, dans les bois de ses voisins.
Plusieurs pôles plus spécialisés s’organisent autour d’une usine de transformation : les champs de betterave d’Erstein, les légumes de plein champ de la Hardt, le tabac et le houblon ancestraux du Kochersberg, les vergers du haut Kochersberg et de l’alsace bossue.
La plupart des exploitations composent avec ces différents ateliers de fait que leur parcellaire regroupe plusieurs terroirs, mais aussi par manque de surface : il leur faut compléter l’activité principale par des activités à haute valeur ajoutée (vigne, culture légumière) et des activités de saison creuse (exploitation forestière).

[1] Les lœss sont carbonatés parfois jusqu’à l’excès. Le taux de carbonate atteint 30%, ce qui en fait des terres beaucoup plus calcaires que les terres dites argilocalcaires du bassin parisien

[2] On parle alors de Lehm tronqué par l’érosion

[3] Larousse agricole 1921, p. 291 à 298

[4] Jean-Pierre Deffontaines dès 1970, puis Marc Benoit & al, Inra Sad, ainsi que Bruguière vers 1980

[5] « Le village s’ouvre de toutes parts sur les champs » (Vidal de la Blache cité par Gerard et al., 1979).

Pied de page

Site mis à jour le 16 février 2015
Plan du siteAuthentificationFlux RSS